Éclairage du bureau et fatigue oculaire : chasser les reflets
Les reflets n'assèchent pas vos yeux. Ils vous font plisser les paupières et tenir ce plissement des heures, et c'est un coût à part entière en fin de journée, tandis que l'assèchement vient de l'écran, des clignements incomplets et de l'air sec en mouvement.
Mes patients me décrivent toujours la même scène. Le soir, à la maison, leurs yeux vont bien, puis à onze heures au bureau ils brûlent et la vue se trouble, sous des lampes auxquelles personne n'a touché depuis l'ouverture de l'immeuble. Ils accusent l'écran. C'est plus souvent la pièce.
L'éclairage du bureau assèche-t-il vraiment les yeux ?
La surface de l'œil est couverte par le film lacrymal, une fine couche humide que chaque clignement renouvelle. Un clignement complet étale une couche neuve sur toute la surface et fait sortir un peu d'huile des glandes du bord de la paupière pour ralentir l'évaporation, comme l'explique notre article sur ce que fait vraiment un clignement. Entre deux clignements, le film s'amincit.
Ajoutez maintenant dans votre champ de vision une lumière contre laquelle il faut lutter. Vous plissez les yeux sous cette lumière, le plus souvent avant même de vous en apercevoir, et vous gardez les muscles autour des yeux contractés pendant des heures. C'est ce qui laisse les yeux douloureux à dix-sept heures, avec les heures passées à garder la mise au point sur une même distance rapprochée. L'ensemble porte un seul nom, la fatigue visuelle numérique.
La sécheresse, c'est une autre histoire. Dans la vie ordinaire, nous clignons environ quinze fois par minute, et seulement cinq à sept fois devant un ordinateur. La qualité du clignement compte autant que sa fréquence : un clignement incomplet laisse une bande de la surface à découvert, et c'est là que commence la brûlure.
Ce n'est donc pas la lumière qui assèche vos yeux. C'est l'écran, aidé par l'air sec en mouvement à votre poste de travail. Les reflets vous font plisser les paupières et vous épuisent, et c'est déjà une raison suffisante de s'en débarrasser.
Deux sortes de reflets, et une seule saute aux yeux
L'éblouissement direct, c'est la lumière que vous regardez : une ampoule nue, un panneau de plafond haut dans votre champ, une fenêtre claire derrière l'écran. Il est désagréable à regarder, donc vous le repérez vite.
Le reflet, lui, est celui avec lequel on vit des années, parce qu'un moniteur est aussi un miroir. Les fenêtres, les luminaires, un mur clair, un bureau brillant, même une chemise blanche se posent sur la vitre en un voile pâle par-dessus votre travail. Une partie, vous la voyez. Le reste ne fait qu'aplatir le contraste : ce que vous percevez, c'est un texte plus terne, et vous vous penchez.
Le test du poste de travail en cinq minutes
Asseyez-vous dans votre position habituelle, à votre heure habituelle, éteignez le moniteur et regardez la vitre noire pendant dix secondes.
Ce que vous y voyez ne disparaît pas quand l'écran se rallume. En général, c'est un panneau de plafond, une fenêtre, ou votre propre visage éclairé, et une fois que vous savez lequel, la solution se choisit toute seule : inclinez l'écran, pivotez le bureau, ou décalez votre siège.
Faites ensuite une visière de votre main au-dessus des sourcils. Si la page se lit plus facilement, quelque chose au-dessus de votre ligne de regard y contribue. La visière masque à la fois le plafond et le haut de la fenêtre : fermez le store, éteignez le plafonnier, et voyez lequel des deux comptait. Refaites le test à quinze heures.
Où placer son écran par rapport à la fenêtre ?
De côté. Les recommandations sur les postes de travail placent l'écran perpendiculairement aux fenêtres et aux sources de lumière, ce qui garde la lumière du jour dans la pièce sans la laisser se poser sur l'écran.
Face à la fenêtre, c'est tentant, parce que la vue est belle. Une fenêtre en plein jour est bien plus lumineuse que n'importe quel moniteur : l'écran ne fait pas le poids, vous montez la luminosité et vous plissez quand même. La fenêtre dans votre dos est l'autre piège, elle se pose sur la vitre par-dessus votre travail, et la luminosité de l'écran lui fait concurrence sans la faire disparaître.
De côté, la lumière du jour arrive sur le bureau et non dans les yeux. C'est la meilleure des trois positions, pas un remède : une fenêtre lumineuse reste dans votre vision latérale, gardez donc un store que vous pouvez fermer. Les stores échouent quand on les laisse simplement ouverts ou fermés au lieu d'incliner les lames vers le bas pour couper le soleil direct.
Quelle luminosité pour la pièce autour de l'écran ?
Vous n'avez besoin d'aucun appareil. Les chiffres en lux qu'on trouve sur les pages consacrées à l'éclairage sont écrits pour celui qui conçoit le bâtiment, pas pour vous à votre poste.
Le versant écran est un sujet à lui seul, et j'ai écrit séparément sur la luminosité, le mode sombre et la taille du texte. La pièce ne doit jamais être si sombre que le moniteur soit la seule chose éclairée dans votre champ.
Travailler dans une pièce sombre n'abîmera pas vos yeux, une crainte qui revient sans cesse. Ce que cela provoque, c'est de la fatigue, parce qu'un écran beaucoup plus lumineux que la pièce oblige vos yeux à travailler davantage toute la soirée.
C'est l'argument en faveur d'une lumière douce derrière le moniteur. Elle relève le fond, et baisser la luminosité de l'écran fait le même travail dans l'autre sens.
Lumière chaude ou lumière froide ?
La couleur de l'ampoule compte moins qu'on ne le croit. Une lumière plus froide convient à la journée et une lumière plus chaude à la soirée : choisissez selon votre confort. Ce n'est pas la couleur qui assèche vos yeux. Cela vient de ce qu'on cligne moins et de l'air qui passe sur la surface de l'œil, sous une lumière chaude comme sous une lumière froide.
Ce qui aide davantage, c'est de pouvoir orienter et baisser la lumière dont vous disposez. Un éclairage général doux, plus une lampe sur vos papiers et jamais sur votre écran, ne laisse aucun panneau brillant dans votre champ. Une deuxième lampe ne mérite sa place que si elle ne renvoie pas de reflet.
Que faire d'un éclairage de bureau qu'on n'a pas le droit de changer ?
La plupart des lecteurs ne sont pas maîtres des lieux : les panneaux sont fixes, le bureau est là où il est, la fenêtre appartient à un collègue qui aime l'ouvrir. Voici ce que vous pouvez faire sans autorisation, en commençant par le moins cher.
- Inclinez ou pivotez l'écran de quelques degrés, ou déplacez votre chaise d'un demi-mètre. La vitre réfléchit comme un miroir : un petit changement d'angle envoie le reflet très loin. Cinq secondes, gratuit.
- Essuyez l'écran avec un chiffon sec. La poussière ne remplace pas un reflet, elle se dépose par-dessus et ajoute un voile qui retire du contraste à l'écran.
- Orientez le store lame par lame au lieu de le laisser ouvert ou fermé, en inclinant les lames vers le bas jusqu'à ce que le soleil n'atteigne plus votre bureau.
- Retirez les objets brillants du bureau. Un sous-main verni, une feuille plastifiée ou une bouteille chromée attrape un luminaire du plafond et vous le renvoie au visage.
- Dirigez la lampe de bureau vers vos papiers, jamais vers l'écran. Gardez-la basse et sur le côté, l'abat-jour sous le niveau des yeux.
- Signalez le luminaire au-dessus de vous, pas le plafond. Le scintillement des tubes sur ancien ballast est trop rapide pour qu'on le remarque, et ceux qui travaillent dessous ont plus de fatigue oculaire et de maux de tête que ceux qui sont sous un matériel à haute fréquence. Une dalle LED neuve n'est pas forcément plus stable, alors désignez celui qui vous gêne.
Si vous portez des lunettes
Un verre non traité renvoie environ huit à dix pour cent de la lumière qui le frappe, et c'est pour cela que le panneau au-dessus de votre bureau apparaît à l'intérieur de vos verres. Mes patients me disent souvent qu'ils le voient toute la journée et qu'ils pensaient qu'on n'y pouvait rien. Incliner la monture, s'écarter de l'aplomb du luminaire ou faire poser un traitement antireflet : tout cela aide, et le traitement vaut la peine rien que pour les reflets.
Les filtres antireflet et les barres lumineuses servent-ils vraiment ?
Ils agissent sur ce qu'ils changent, et ce n'est pas toujours ce qui fait mal.
- Les filtres mats pour écran réduisent réellement les reflets, et l'American Academy of Ophthalmology les cite comme une solution raisonnable. On cligne un peu plus une fois les reflets partis, mais ce que vous achetez, c'est l'image.
- Les barres lumineuses et les éclairages d'ambiance adoucissent l'écart entre l'écran et son fond, ce qui est réel et agréable. Personne n'a jamais compté les clignements sous une barre lumineuse : achetez-la pour le confort et n'en attendez rien de plus.
- Les lunettes anti-lumière bleue sont ce qu'il faut laisser de côté. Elles ont été testées en bonne et due forme contre la fatigue oculaire, et les essais n'ont rien donné.
- Les clignements lents et complets et les regards au loin atteignent le film lacrymal lui-même. Le clignement le renouvelle, le regard au loin repose les muscles de la mise au point, et l'habitude du 20-20-20 accompagne chaque correction d'éclairage.
En combien de temps se sent-on mieux ?
Vite, pour la part qui venait des reflets. Supprimez la source, reposez les yeux quelques minutes, et la douleur retombe en général le jour même.
La sécheresse, elle, met plus de temps. Si vous avez déplacé le moniteur lundi et que le jeudi après-midi brûle encore, cela ne met pas l'éclairage hors de cause : une surface irritée depuis des mois ne s'apaise pas en trois jours, laissez donc quelques semaines au changement.
L'air sec en mouvement au poste de travail et les longues heures de concentration sans coupure font leurs propres dégâts, et notre espace Learn traite les deux. Si le problème vient de l'air, un humidificateur ralentit l'assèchement et les larmes artificielles complètent le film, et notre guide des produits propose les deux pour votre pays. Les lentilles de contact, certains médicaments et des glandes obstruées dans le bord des paupières gardent les yeux secs quel que soit l'éclairage de la pièce.
Une gêne qui ne s'apaise pas une fois la pièce arrangée, ou qui s'accompagne de rougeur, de vraie douleur ou de vision trouble, mérite un vrai regard d'un professionnel de la vue. La sécheresse persistante répond mieux quand quelqu'un a examiné votre film lacrymal et le bord de vos paupières.
L'éclairage est l'une des rares parties du confort oculaire qu'on peut arranger en un après-midi, pour rien. Éteignez le moniteur, regardez ce que la vitre vous montre, et changez cette seule chose aujourd'hui. Gardez ensuite les pauses, les regards au loin et les clignements lents et complets qui renouvellent le film lacrymal. Si le difficile est de se souvenir des pauses, l'appli DryEyeGuide lance une séance 20-20-20 pendant que vous travaillez, et vous formulez avec vos propres mots les rappels de ses routines de clignement guidées par la voix.
Questions fréquentes
L'éclairage du bureau peut-il fatiguer les yeux ?
C'est une cause parmi d'autres, pas la première de la liste, et elle agit indirectement. Les reflets des panneaux de plafond, des fenêtres et des surfaces brillantes vous font plisser les yeux et les garder plissés pendant des heures, et un reflet posé sur la vitre rend votre texte plus pâle qu'il ne devrait l'être. C'est ce qui vous donne, l'après-midi, des yeux douloureux et fatigués. La sécheresse qui va avec vient surtout du travail sur écran lui-même : devant un ordinateur, on cligne cinq à sept fois par minute au lieu d'une quinzaine, et beaucoup de ces clignements ne se referment jamais complètement.
Quel éclairage choisir pour travailler sur ordinateur ?
Une lumière douce répartie dans la pièce vaut mieux qu'une seule lampe forte dans un bureau sombre. Un éclairage général qui relève toute la pièce, plus une lampe dirigée sur vos papiers avec l'abat-jour sous le niveau des yeux, vous donne un bureau éclairé sans rien d'éblouissant dans le champ. Chaud ou froid est une préférence de confort, pas une question de santé oculaire. Deux choses comptent plus que la couleur : qu'aucune source, ni son reflet, ne se trouve dans le même champ que votre écran, et que l'écran ne soit pas l'objet le plus lumineux de la pièce.
Faut-il placer son écran face à la fenêtre ou de côté ?
De côté. Face à la fenêtre, l'écran doit rivaliser avec l'objet le plus lumineux de la pièce, donc vous montez la luminosité et vous plissez les yeux malgré tout. Avec la fenêtre dans le dos, elle se reflète sur la vitre et se pose par-dessus votre travail. De côté, la lumière du jour atteint votre bureau sans vous arriver dans les yeux ni rebondir sur l'écran. C'est la meilleure des trois positions, pas un remède : gardez donc un store que vous pouvez fermer aux heures les plus lumineuses.
Est-ce mauvais de travailler sur ordinateur dans le noir ?
Cela n'abîmera pas vos yeux, et l'American Academy of Ophthalmology le dit clairement. Ce que cela provoque, c'est de la fatigue, parce qu'un écran beaucoup plus lumineux que la pièce autour de lui oblige vos yeux à travailler davantage pour voir. Une lumière douce derrière ou à côté du moniteur relève le fond et resserre cet écart, et baisser la luminosité de votre écran fait la même chose dans l'autre sens.
Comment savoir d'où viennent les reflets sur mon écran ?
Asseyez-vous dans votre position habituelle, éteignez le moniteur et regardez la vitre noire pendant dix secondes. Tout ce que vous y voyez se pose sur votre travail toute la journée, le plus souvent un panneau de plafond, une fenêtre ou votre propre visage éclairé. Faites ensuite une visière de votre main au-dessus des sourcils : si la lecture devient soudain plus facile, quelque chose au-dessus de votre ligne de regard s'y ajoute, alors fermez le store, éteignez le plafonnier, et voyez lequel des deux c'était.
Les filtres antireflet ou une lampe derrière l'écran aident-ils contre les yeux secs ?
Ils aident sur les reflets et le contraste, ce qui est appréciable, et on cligne un peu plus une fois les reflets partis, mais c'est le confort qui justifie de les utiliser. Un filtre mat réduit les reflets et un éclairage d'ambiance adoucit l'écart entre un écran lumineux et un mur sombre. La sécheresse elle-même s'apaise quand vous clignez complètement, prenez de vraies pauses et gardez l'air en mouvement loin de votre visage, et un humidificateur ou des larmes artificielles agissent sur le film lacrymal comme aucun matériel posé sur le bureau ne le fait.
Sources
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